Interview Sebastien Brunet x Hiscox.

« Un client me réclamait près de 40 000 € » : le témoignage de Sébastien Brunet sur l’importance de l’assurance professionnelle

Publié le 04/10/2026 11:00 | Mis à jour le 04/10/2026 11:00 | 5 min de lecture

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Un projet d’application mobile prend du retard, puis une lettre d’avocat réclame 40 000 euros : à seulement 26 ans, Sébastien Brunet, alors chef de projet indépendant, réalise à quel point un projet qui tourne mal peut fragiliser son activité. 

Aujourd’hui associé au sein d’un cabinet de conseil et habitué à travailler avec de grands comptes, il revient sur cette première expérience difficile, les enseignements qu’il en a tirés et les précautions qu’il applique désormais pour limiter les risques. Contractualisation, dialogue avec le client, trésorerie, assurance professionnelle et encadrement de l’intelligence artificielle : il partage avec nous les réflexes qui structurent aujourd’hui sa gestion de projet.

Quel est ton parcours ?

J’ai fait une école de commerce et obtenu mon diplôme en 2013. Mon début de carrière a été assez atypique puisque je suis parti en Amérique du Sud, d’abord au Chili.

Pendant mes cinq premières années, j’ai travaillé pour des start-up : l’une dans le domaine médical, l’autre plutôt orientée fintech. J’ai ainsi vécu dans plusieurs pays : le Chili, le Brésil, puis la Colombie.

C’est en Colombie que je me suis reconverti pour devenir chef de projet à mon compte. Mon activité consistait à trouver des projets en France et à les faire développer en Colombie, en m’appuyant sur mon réseau local de développeurs. Cela me permettait de capitaliser sur la tendance, très présente à l’époque, du développement offshore.

As-tu déjà rencontré un problème avec un client ?

Je garde le souvenir d’un projet d’application mobile sur lequel je travaillais avec quatre ou cinq freelances. L’un d’entre eux n’était plus au rendez-vous, puis a complètement disparu en plein milieu du projet.

Cela a inévitablement eu un impact sur le reste du projet et sur la relation client, qui a commencé à se tendre. Nous n’étions plus dans les délais et la situation s’est progressivement dégradée.

Jusqu’au jour où j’ai reçu une lettre de l’avocat du client, réclamant, de mémoire, entre 30 000 et 40 000 euros. Il demandait, en substance, le remboursement de la première version de l’application livrée.

J’avais alors 26 ou 27 ans et je ne m’y attendais pas du tout. Je ne savais pas trop comment réagir. Cela a été un choc, une période assez stressante, avec quelques nuits sans sommeil.

Finalement, tout s’est réglé à l’amiable, simplement en dialoguant avec le client. Nous avons trouvé une solution négociée, qui a consisté à régulariser la situation et à développer quelques fonctionnalités supplémentaires.

Cette affaire s’est donc bien terminée et j’ai même continué à travailler avec ce client par la suite. Cela reste ma première expérience négative dans ce métier, mais elle m’a permis de prendre conscience de ce type de risque sur ce genre de projets.

Dans cette situation, étais-tu assuré ?

C’est justement après avoir reçu ce courrier d’avocat que j’ai pris conscience de l’importance d’être assuré.

Dans le métier de chef de projet freelance, l’assurance n’est pas obligatoire, mais elle est vivement recommandée. Dans mon cas, comme nous avons trouvé une solution négociée, il n’y a pas eu de litige formel.

Mais s’il y en avait eu un, l’assurance aurait pu couvrir les pertes financières et les coûts juridiques. Des coûts que je n’aurais tout simplement pas pu supporter à l’époque et qui auraient probablement coulé ma structure.

Découvrez son témoignage en vidéo

Comment réagir lorsqu’une réclamation de plusieurs dizaines de milliers d’euros menace son activité ? Sébastien Brunet, Consultant, Directeur Général chez Capit Consulting, nous raconte le choc provoqué par le courrier de l’avocat de son client et explique pourquoi cette expérience a changé sa manière d’aborder les risques professionnels.

 

L’assurance aide-t-elle à décrocher des clients ?

Aujourd’hui, je travaille avec de grands comptes, non plus en freelance, mais via un cabinet de conseil dont je suis associé.

Je ne dirais pas qu’avoir une RC Pro constitue un avantage concurrentiel : c’est devenu le strict minimum. On ne peut tout simplement pas avancer dans les discussions, les négociations et la signature de contrats si l’on n’est pas correctement couvert par une bonne assurance.

Comment limiter les risques dans la gestion d’un projet ?

Règle n° 1 : bien contractualiser

Sur la prévention des risques, je dirais qu’on apprend au fur et à mesure des projets.

Aujourd’hui, j’accorde une attention toute particulière à la contractualisation en amont : bien négocier dès le début les contrats, les différentes clauses et les exclusions, mais aussi définir le plus tôt possible le périmètre sur lequel on s’accorde, en mettant tout en annexe.

Cela évite les malentendus par la suite. Chacun sait dès le départ à quoi il s’engage, ce qui limite les mauvaises surprises.

Règle n° 2 : anticiper les problèmes

Je n’ai plus vraiment de clients insatisfaits aujourd’hui. Mais, plus sérieusement, je pense que le plus important reste le dialogue.

Il faut savoir anticiper les risques dès le début d’un projet, essayer d’imaginer ce qui peut mal tourner et prévoir des plans de contingence ou de gestion de ces risques s’ils se concrétisent.

Règle n° 3 : dialoguer rapidement

L’essentiel, c’est vraiment de dialoguer dès qu’on sent poindre des frustrations : anticiper, aller voir directement le client et trouver des solutions ensemble.

Règle n° 4 : avoir un filet de sécurité

En matière de filet de sécurité, j’en citerais deux.

Le premier, c’est la trésorerie : avoir un matelas financier qui permette d’absorber les coûts. La vie d’une entreprise comporte toujours son lot de risques et de problèmes, et cette réserve permet d’encaisser les coups.

Le second, ce sont les assurances, dont nous avons déjà parlé. L’important est de bien choisir son assurance en fonction de son métier, en sachant précisément quels sont les postes couverts.

Dans mon métier, par exemple, un risque typique est le risque contractuel : des délais dépassés, parfois pour de bonnes raisons, comme un cas de force majeure sur lequel on n’a pas vraiment de contrôle, parfois à cause d’erreurs du côté du prestataire.

Dans tous les cas, cela peut avoir un impact financier chez le client. Il faut donc vraiment s’intéresser, dès le début de son activité, à une assurance capable de couvrir ce type de situation.

L’IA crée-t-elle de nouveaux risques ?

L’arrivée de l’IA fait évoluer les risques dans mon métier. J’en citerais deux principaux.

Risque n° 1 : la confidentialité des données

Le premier est lié à la confidentialité des données.

Il existe aujourd’hui de nombreux outils très performants qui permettent d’aller plus vite. On peut être tenté d’y intégrer des données issues des projets sur lesquels on travaille, parfois des données confidentielles appartenant au client, sans autorisation préalable ni cadre contractualisé avec lui.

C’est vraiment ce qu’il faut éviter.

Risque n° 2 : les hallucinations

Le second risque concerne les hallucinations.

L’IA peut produire des résultats qui semblent tout à fait justes et pertinents, mais qui sont en réalité inventés de toutes pièces. Il faut donc systématiquement vérifier ce que dit l’IA, pour éviter de produire de mauvais livrables.

Comment utilises-tu l’IA au quotidien dans ton travail ?

Pour moi, le plus important reste, en amont, d’en parler avec son client et de définir ensemble ce que l’on peut faire avec l’IA et ce que l’on ne peut pas faire. Cela permet de poser un cadre clair.

Une fois l’autorisation obtenue, j’utilise l’IA principalement pour accélérer la production de certains livrables chronophages, comme la rédaction de spécifications fonctionnelles, de user stories ou de cahiers de recette.

L’IA permet d’accélérer significativement la production de ce type de documents.

Je m’en sers également pour accomplir des tâches qui ne relevaient pas forcément de mes compétences de départ. Un exemple simple concerne l’analyse de grands ensembles de données.

L’IA fait cela très bien, alors que je n’ai personnellement aucune compétence en Python ou en développement. Grâce aux différents outils d’IA, j’arrive aujourd’hui à faire des choses qui étaient auparavant hors de mon champ d’action.

Comment trouver ses premiers clients ?

Mon premier conseil, c’est de se lancer, c’est certain.

Les choses ont un peu changé par rapport à l’époque où je me suis lancé moi-même. À l’époque, pour trouver des clients, le cold emailing fonctionnait très bien. On envoyait des e-mails après avoir un minimum étudié son prospect et on recevait des réponses.

Aujourd’hui, c’est beaucoup plus compliqué. Je pense qu’il faut multiplier les canaux : faire jouer son réseau, aller à des événements de networking, faire de l’emailing, passer des coups de fil ou envoyer des SMS. Il faut vraiment viser plus large.

Côté outils et méthodes, il y a d’abord les différentes méthodologies de gestion de projet, que l’on apprend au fil des projets.

On apprend systématiquement de ses erreurs. À la fin de chaque projet, il faut essayer d’identifier ce qui s’est bien passé et ce qui peut être amélioré, puis en tirer les enseignements nécessaires et les appliquer aux projets suivants.

Et bien sûr, il y a les outils d’IA, dont nous avons déjà parlé. Le plus important, là encore, est d’obtenir dès le départ l’accord de son client, puis de savoir bien cadrer ces outils par rapport au contexte métier. Les résultats produits peuvent alors être réellement pertinents et contribuer à la réussite de la gestion du projet.

Le conseil d’Hiscox

L’expérience de Sébastien met en lumière quatre réflexes pour mieux gérer les risques liés à un projet : 

  1. Définir précisément le périmètre de la mission dans le contrat
  2. Anticiper les difficultés
  3. Dialoguer rapidement avec le client
  4. Conserver un filet de sécurité

La trésorerie peut aider l’entreprise à absorber certains coûts. Une assurance professionnelle adaptée à l’activité peut également intervenir face aux conséquences financières ou juridiques d’une réclamation, selon les garanties et les conditions prévues au contrat.

Avant de souscrire, il reste donc essentiel d’identifier les risques propres à son métier et de vérifier précisément les situations et les postes couverts.

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