Podcasteur indépendant : que se passe-t-il en cas de diffamation involontaire ?
Sommaire
- Qu'est-ce que la diffamation involontaire dans un podcast ?
- Quelles sanctions pénales risque un podcasteur en cas de diffamation ?
- Quelles conséquences financières pour le podcasteur victime de poursuites ?
- Comment prouver votre bonne foi en tant que podcasteur ?
- L'assurance RC Pro couvre-t-elle la diffamation involontaire dans les podcasts ?
- Comment éviter la diffamation involontaire : les bonnes pratiques du podcasteur responsable
- Questions fréquentes sur la diffamation et l'assurance pour podcasteur indépendant
Le podcast s'est imposé comme un formidable espace de liberté pour les créateurs indépendants. Vous partagez vos idées, vous enquêtez, vous débattez. Mais cette liberté s'accompagne d'une responsabilité souvent méconnue : celle de vos propos. En France, chaque épisode que vous diffusez est considéré comme une publication au sens de la loi du 29 juillet 1881. Autrement dit, même sans la moindre intention de nuire, vous pouvez être tenu responsable de ce que vous dites.
Protégez votre activité de podcasteur contre la diffamation
Rejoignez des milliers d’indépendants et freelances qui nous font confiance
Qu'est-ce que la diffamation involontaire dans un podcast ?
La diffamation, c'est simple à définir mais facile à commettre sans s'en rendre compte. Il s'agit de toute affirmation d'un fait précis qui porte atteinte à l'honneur ou à la réputation d'une personne identifiable. Vous n'avez pas besoin d'avoir voulu nuire pour que votre responsabilité soit engagée.
Obtenez un résumé de l'article :
Quand vous animez un podcast, vous êtes directeur de publication. Ce statut vous rend directement responsable de tout ce qui est diffusé dans vos épisodes. Une simple erreur factuelle ou une information mal vérifiée peut suffire à déclencher une procédure judiciaire contre vous.
Imaginez cette situation concrète : vous mentionnez dans un épisode qu'un commerçant local "trompe ses clients sur les prix depuis des années", en vous basant sur une rumeur entendue ici et là. Votre intention était peut-être simplement d'informer votre audience. Mais ce commerçant peut vous assigner en justice pour diffamation et réclamer des dommages et intérêts pour le préjudice moral et économique subi. Et il aura probablement raison.
Quelles sanctions pénales risque un podcasteur en cas de diffamation ?
La loi française ne plaisante pas avec la diffamation, même involontaire. Les sanctions varient selon la gravité des propos tenus.
Type de diffamation | Sanction pour particulier | Sanction pour directeur de publication (podcasteur) | Délai de prescription |
Diffamation publique | Amende 12 000 € | Responsabilité directe, mêmes amendes | 3 mois |
Diffamation aggravée (raciste, sexiste) | - | Amende 45 000 € et 1 an de prison | 1 an |
En tant que podcasteur indépendant, votre statut de directeur de publication vous expose directement. Même si vous n'aviez aucune intention malveillante, le simple fait d'avoir diffusé un propos diffamatoire suffit à engager votre responsabilité pénale. La bonne nouvelle ? Les délais de prescription sont courts : 3 mois pour une diffamation publique classique.
Quelles conséquences financières pour le podcasteur victime de poursuites ?
Au-delà des sanctions pénales, c'est souvent sur le plan civil que les conséquences sont les plus lourdes financièrement. La personne diffamée peut vous réclamer des dommages et intérêts pour réparer plusieurs types de préjudices :
- Préjudice moral : atteinte à l'honneur, stress, humiliation publique, souffrance psychologique.
- Préjudice économique : perte de chiffre d'affaires, annulation de contrats, clients perdus, coûts engagés pour restaurer sa réputation.
Prenons un exemple chiffré pour que vous visualisiez l'impact : vous mentionnez par erreur qu'un restaurateur a été condamné pour fraude alimentaire, alors que ce n'est pas le cas. Ce dernier vous assigne et réclame 8 000 € pour le préjudice moral (humiliation, stress, atteinte à sa réputation) et 5 000 € pour les pertes économiques (baisse de fréquentation, clients perdus). Sans assurance, vous devrez payer ces 13 000 € de votre poche, en plus des frais d'avocat.

Comment prouver votre bonne foi en tant que podcasteur ?
Face à une accusation de diffamation, vous n'êtes pas totalement démuni. Deux mécanismes de défense existent pour démontrer votre bonne foi.
L'exception de vérité
Vous pouvez prouver que les faits que vous avez mentionnés sont rigoureusement exacts. Pour cela, il vous faudra présenter des documents, des témoignages ou des preuves tangibles devant le tribunal.
Attention toutefois aux limites : cette exception ne fonctionne pas pour les faits relevant de la vie privée, pour les faits trop anciens (plus de 10 ans), ou pour les faits couverts par une amnistie ou une prescription.
La démonstration de bonne foi
Si vous ne pouvez pas prouver la véracité absolue de vos propos, vous pouvez démontrer que vous avez agi avec prudence et sérieux. Les juges examineront plusieurs critères :
- Avez-vous mené une enquête approfondie avant de diffuser l'information ?
- Aviez-vous une animosité personnelle envers la personne visée ?
- Votre but était-il légitime (informer le public sur un sujet d'intérêt général) ?
- Vos propos étaient-ils mesurés ou excessifs ?
C'est ici que votre documentation devient cruciale. Conservez précieusement vos notes d'enquête, vos captures d'écran, vos enregistrements d'interviews et les coordonnées de vos témoins. En cas de procédure, ces éléments pourront faire toute la différence.
L'assurance RC Pro couvre-t-elle la diffamation involontaire dans les podcasts ?
Oui, et c'est une excellente nouvelle pour vous. Une assurance Responsabilité Civile Professionnelle adaptée aux créateurs de contenu et aux podcasteurs indépendants couvre généralement l'ensemble des risques liés à la diffamation involontaire.
Concrètement, votre RC Pro prendra en charge :
- Les frais de défense : honoraires d'avocat, huissier, expertises juridiques.
- Les indemnisations : dommages et intérêts pour préjudices moraux et économiques.
- Les erreurs et omissions : négligences non intentionnelles dans votre travail éditorial.
Une limite importante à connaître : votre assurance ne couvrira jamais les actes intentionnels (le dol) ou les fautes lourdes. Si vous diffamez volontairement quelqu'un, vous serez seul face aux conséquences.
Comment éviter la diffamation involontaire : les bonnes pratiques du podcasteur responsable
La meilleure protection reste encore la prévention. Voici les réflexes à adopter pour sécuriser votre pratique du podcast.
Vérifiez systématiquement vos sources
- Privilégiez les médias reconnus, les institutions officielles (sites en .gouv.fr, universités) ou les experts qualifiés dans leur domaine.
- Croisez toujours vos données avec au moins deux ou trois sources fiables et indépendantes.
- Vérifiez l'authenticité des images et vidéos via une recherche inversée et l'analyse des métadonnées.
- Méfiez-vous des informations relayées uniquement sur les réseaux sociaux, même si elles semblent provenir de sources apparemment crédibles.
Travaillez avec un script validé
- Rédigez un script détaillé pour chaque épisode, surtout quand vous abordez des sujets sensibles.
- Relisez votre texte à voix haute pour repérer les formulations ambiguës ou risquées.
- Faites valider vos passages les plus délicats par un tiers neutre (collègue, ami juriste, relecteur).
- Évitez les formulations floues comme "on dit que", "il paraît que", "certains affirment" sans source précise.
- Ajoutez un disclaimer en début ou fin d'épisode : "Les opinions exprimées reposent sur des faits publics vérifiés et ne visent personne spécifiquement".
Assurez un suivi après la diffusion
- Surveillez les réactions et commentaires via des alertes Google ou des outils comme Mention.
- Réagissez rapidement en cas de contestation légitime, idéalement dans les 3 mois (délai de prescription de la diffamation publique).
- N'hésitez pas à publier un correctif ou des excuses si vous constatez une erreur.
- Formez-vous régulièrement aux bonnes pratiques via la CNIL ou en consultant des avocats spécialisés en droit des médias.
Questions fréquentes sur la diffamation et l'assurance pour podcasteur indépendant
- Est-ce que je risque vraiment la prison si je diffuse un fait incorrect par erreur ?
Non, rassurez-vous. Pour un particulier ou un podcasteur indépendant, la peine se limite à une amende de 12 000 € maximum. La prison n'intervient que dans des circonstances aggravantes, comme la diffamation à caractère raciste ou sexiste, avec des peines pouvant aller jusqu'à 45 000 € d'amende et 1 an de prison. - Mon assurance RC Pro couvre-t-elle l'intégralité du préjudice ?
Elle couvre généralement les frais de défense et les indemnisations, mais avec deux limites importantes : elle exclut systématiquement les actes intentionnels, et elle fonctionne avec un plafond. D'où l'importance de bien choisir votre niveau de couverture. - Que faire concrètement si je doute de la véracité d'une information ?
La règle d'or : ne la diffusez pas. Prenez le temps de vérifier via des sources fiables, croisez les données, et documentez scrupuleusement toutes vos recherches. Un épisode diffusé une semaine plus tard vaut toujours mieux qu'un procès. - Les opinions personnelles sont-elles considérées comme de la diffamation ?
Non, et c'est une nuance essentielle à comprendre. La diffamation concerne exclusivement des faits précis imputés à une personne clairement identifiable. Vos opinions, vos jugements de valeur ou vos critiques argumentées ne sont pas sanctionnés, tant qu'ils ne reposent pas sur des affirmations factuelles erronées. - Quels sont les délais pour agir si je suis victime de diffamation ou si on m'accuse ?
Les délais sont courts et différents selon les cas. Pour une diffamation publique classique, la prescription est de 3 mois. Pour une diffamation discriminatoire (raciste, sexiste, homophobe), elle passe à 1 an. Pour une action civile en réparation du préjudice, les délais sont de 5 ans en droit commun, et peuvent aller jusqu'à 10 ans selon les situations.
Protégez votre activité de podcasteur contre la diffamation
Rejoignez des milliers d’indépendants et freelances qui nous font confiance